La peur est dans l’assiette!

Je ne risque plus ma vie en mangeant : Je ne mange plus de viande crue, je détourne les yeux devant un fromage fermier vieillissant et me méfie même des fraises des bois ramassées au bord de la route. Je gère mon « risque sanitaire immédiat » ! En revanche, quand je regarde mon pot de pâte à tartiner préféré, je me dis que je peux me resservir, qu’elle ne me rendra pas malade… et pourtant, une petite voix me chuchote qu’un de ces jours, je regretterai toutes les cuillères dont je me suis délectée ! Serais-je donc inconsciente du « risque nutritionnel » que je prends à long terme avec un tel comportement alimentaire ? Aujourd’hui, c’est bien plus notre mode d’alimentation qui est dévastateur que les crises sanitaires ponctuelles que nous connaissons. Les maladies associées à la nutrition sont la première cause de mortalité dans le monde. Carences nutritionnelles, prise de poids excessive, maladies chroniques, comment les consommateurs français perçoivent-ils ces risques ?

La-Grande-Bouffe

Image tirée du film La grande bouffe : quand c’est trop, c’est trop!

Quand manger devient inquiétant, le naturel revient au galop !

Dans leur article publié dans le volume 30 de Recherche et Applications en Marketing, Marie-Eve Laporte, Géraldine Michel et Sophie Reunier montrent que la principale inquiétude alimentaire des français porte sur les effets à long terme de l’alimentation, bien davantage que sur le risque sanitaire immédiat.

Selon eux, la meilleure façon de se prémunir contre le risque nutritionnel est de choisir les aliments les plus naturels possible, c’est-à-dire peu transformés et avec une liste d’ingrédients courte et compréhensible, comme dans une recette de cuisine. Les allégations nutritionnelles du type « enrichi en » ou « allégé en » produisent alors l’effet inverse de celui recherché, car elles soulignent l’aspect transformé du produit, qui paraît dès lors moins naturel et donc… moins sain ! Pour cette raison, le recours croissant des marques alimentaires à la stévia comme édulcorant naturel paraît pertinent, car cet ingrédient permet d’alléger les produits en calories sans dégrader la naturalité perçue. L’environnement d’achat semble lui aussi exercer une influence : un choix pléthorique conduit les consommateurs à comparer les produits et à s’interroger sur leur qualité nutritionnelle relative.

Quand manger ensemble devient rassurant…

En situation de partage du repas, ce n’est pas la perception du risque nutritionnel qui dicte le comportement alimentaire mais le comportement des autres : au quotidien, partager son repas encourage à manger plus sainement, alors que dans les moments exceptionnels, cela conduit à « se lâcher ». Pour améliorer les comportements alimentaires, inciter les individus à manger en famille au quotidien, donc promouvoir un art de vivre alimentaire plutôt qu’une diététique individuelle semble particulièrement adapté. A mort mon sandwich du midi et longue vie au rôti du dimanche ! Un retour programmé de la french attitude alimentaire ?

Marie-Eve Laporte, Géraldine Michel et Sophie Reunier (2015), Mieux comprendre les comportements alimentaires grâce au concept de perception du risque nutritionnel, Recherche et Applications en Marketing, 30, 1, pp.81-117.

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