Socialisation, échanges, influences, apprentissage, héritage ou encore don : il est bien question de transmission entre générations !

Les déchirements récents au sein de la famille Halliday illustrent bien les enjeux et la complexité de la transmission intergénérationnelle : elle va au-delà de la dimension matérielle. Quelle que soit la nature des objets transmis, le type d’interactions ou les générations concernées, les transmissions entre générations sont un processus qui relie, par des interactions, un destinateur (ex : un parent) et un destinataire (ex : un enfant). Véritable phénomène dynamique, il est composé d’influences réciproques entre les générations : logiques de socialisation entre les grands-parents et les petits enfants, nouvelles pratiques de consommation des parents suite aux interactions avec leurs enfants.

Mais qu’entend-on par capital intergénérationnel ? Et par capital socioculturel, économique, psychique et génétique ? L’article de synthèse proposé par Samuel Guillemot sur la transmission intergénérationnelle en comportement du consommateur et publié dans Recherche et Applications en Marketing apporte des réponses à ces questions en proposant un cadre conceptuel et des perspectives de recherche.

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Plusieurs niveaux de transmission…

Quelle grille de lecture retenir pour étudier la transmission intergénérationnelle ?

L’auteur utilise tout d’abord la théorie du développement de la personnalité humaine comme grille de lecture. Il identifie quatre positions qu’une personne peut prendre vis-à-vis de son capital intergénérationnel (socle d’actifs matériels et immatériels qui se transmet et évolue de génération en génération) pendant lesquelles les générations ont besoin les unes des autres pour se développer :

  • Apprendre des autres générations. Cette position concerne principalement le temps de l’enfance où les préoccupations sont d’apprendre des compétences et des méthodes, assimiler des comportements et des valeurs. Les parents, la famille, les amis, l’école sont les relations privilégiées.
  • Se distinguer des autres générations. Cette position vise à définir et développer ses identités (personnelles et sociales); elle concerne l’adolescence et le début de la vie adulte. Ici, les pairs et groupes d’amis ont un rôle central.
  • Prendre soin des autres générations. Guider et prendre soin des plus jeunes/âgé.e.s est une préoccupation relative à la vie adulte où les enfants et la famille sont les générations impliquées.
  • Préserver pour les autres générations. Il est question d’héritage dans cette position: préserver de la mort et de l’oubli ce qui a de la valeur. Les relations privilégiées sont la famille, les personnes ayant des affinités, la société en général. Cette position concerne la dernière partie de la vie.

Quelles sont les composantes du capital intergénérationnel ?

L’auteur articule ensuite autour de ces quatre positions, les connaissances en comportement du consommateur en faisant ressortir les notions de capital socioculturel, économique, psychique et génétique comme composantes du capital intergénérationnel.

  • Le capital socioculturel correspond au socle de compétences, connaissances et attitudes relatif à la consommation qui se construit dès l’enfance. La transmission du capital socioculturel entre les générations s’explique par des influences réciproques entre générations, de nature implicite (observation/imitation) et explicite (ex : éducation).
  • Le capital économique fait référence aux flux financiers, aux objets matériels, transmis entre les générations via des transactions à l’occasion des solidarités ou des héritages.
  • Le capital psychique se transmet via les parents, l’attention et le niveau d’affection reçu. Il contient l’estime de soi et le sentiment d’(in)sécurité.
  • Le capital génétique contient des prédispositions cognitives et conatives qui se transmettent comme son nom l’indique, via les gènes.

Une vision élargie des transmissions entre générations et des perspectives de recherche nouvelles

Ce cadre conceptuel intégrateur offre une vision plus complète des transmissions intergénérationnelle : il relie les préoccupations des destinateurs à celles des destinataires autour du capital intergénérationnel (et de ses quatre composantes). Il met en évidence les dimensions argentique (identité personnelle), familiale (identité familiale) et communales (identité collective d’une communauté) du capital intergénérationnel. Il ouvre de nombreuses voies de recherche comme par exemple, étudier les interactions entre les différentes composantes en intégrant les conditions de vie matérielle, des variables psychologiques et de nouvelles méthodologies, ou bien encore se concentrer sur la génération « pivot » (les 30-65 ans) et son rôle central.

Alors, saurons-nous (chercheur.e.s, parents mais aussi enfants de nos parents) relever les défis de ce sujet dont les impacts sociétaux sont majeurs ? Par exemple, « Eduquer les jeunes consommateurs, les accompagner vers l’adoption de pratiques de consommation durables, ou encore prendre soin et préserver les aspects du capital intergénérationnel dans un contexte de précarité économique et de vieillissement démographique. »

Guillemot S, La transmission intergénérationnelle en comportement du consommateur : cadre conceptuel intégrateur et perspectives de recherche, Recherche et Applications en Marketing , Online First, February 21, 2018

 

 

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