Favoriser l’adoption du doggy bag pour réduire le gaspillage alimentaire : quelles solutions préconiser?

Du gaspillage alimentaire…

Annuellement, un restaurant de 100 couverts jetterait en moyenne 5 tonnes de déchets, qui viennent des restes des produits utilisés en cuisine, des plats préparés mais non servis, ou encore des retours d’assiettes non consommés par les clients. Face à ce constat alarmant, les restaurateurs deviennent des acteurs incontournables du Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire 2017-2020 au côté de l’ensemble des parties prenantes qui jalonnent la chaîne alimentaire (agriculteur, distributeur, consommateur, etc.). Selon une étude de l’ADEME de 2016, 18% de la production alimentaire destinée à la consommation humaine serait gaspillée chaque année, dont 14% proviendrait de la restauration collective et commerciale. Nul besoin de rappeler les coûts certes financiers mais surtout environnementaux du gaspillage alimentaire : sur le seul territoire français, l’impact carbone du gaspillage alimentaire est évalué à 15,3 millions de tonnes équivalent CO2, soit 3% de l’ensemble des émissions de l’activité nationale.

… au doggy bag

Dans ce contexte, le doggy bag qui permet au client d’un restaurant d’emporter les restes de son repas, s’impose comme un levier stratégique pour réduire le gaspillage alimentaire au sein de la restauration commerciale. Si cette pratique est devenue très populaire aux Etats-Unis par exemple, elle peine à s’imposer en France. Pourtant, la loi Alimentation du 1er novembre 2018 impose aux restaurants et débit de boissons de fournir un doggy bag aux clients qui en font la demande. Mieux, à partir du 1er juillet 2021, ils devront proposer à leurs client.e.s des contenants réutilisables ou recyclables.

Mais pourquoi donc les Française.e.s sont-il/elle.s si réticent.e.s au doggy bag, quand ils/elle.s reconnaissent collectivement ses effets bénéfiques pour réduire le gaspillage alimentaire ? C’est à ce défi de taille que Mohamed Akli Achabou, Sihem Dekhili et Didier Tagbata se sont confrontés. L’objectif de leur recherche est clair : comprendre les freins à l’adoption du doggy bag en vue d’identifier des solutions actionnables pour le populariser. Pour y parvenir, une étude qualitative a été menée au moyen d’entretiens individuels auprès de 22 consommateurs et 13 professionnels de la restauration. Les discours recueillis ont fait l’objet d’une analyse de contenu thématique.

Les freins à l’adoption du doggy bag : quand le matériel et le culturel s’en mêlent !

Des freins matériels comme culturels limitent l’adoption du doggy bag. Les freins matériels sont nombreux. Ils se rapportent à la faible praticité du doggy bag pour le client, au risque sanitaire lié à la détérioration potentielle de la qualité des produits, au manque d’efficacité perçue de cette pratique dans la lutte contre le gaspillage et finalement au coût supplémentaire que génère la mise en place de contenants spécifiques. En sus de ces freins matériels, s’ajoutent des contraintes culturelles. Indéniablement, le doggy bag heurte les représentations culturelles françaises du « bon repas au restaurant ». Dans ce cadre, le doggy bag banalise les mets consommés au restaurant tout en mettant à bas la frontière symbolique entre les plats consommés au restaurant et ceux pris à la maison. Mais c’est sans compter sur le fait, qu’en France, « manger des restes » est connoté négativement, ce qui pourrait détériorer l’image du consommateur qui s’adonnerait à cette pratique.

Lever les obstacles : un objectif difficile mais pas impossible

La compréhension des nombreux freins à l’adoption du doggy bag permet aux auteurs d’identifier les actions qui changeront irrémédiablement notre regard à son égard. Parmi les solutions préconisées, le déploiement d’un emballage respectant les normes sanitaires et écologiques, qui deviendra un support à part entière de communication pour les restaurateurs, constitue un levier stratégique pour enrayer les freins matériels à sa diffusion. Pour lever les freins culturels, des campagnes de communication  et « d’éducation du consommateur » pour l’adoption de comportements responsables restent nécessaires.

Alors, lors de votre prochain diner au restaurant, n’hésitez plus : demandez votre doggy bag !

Achabou M.A., Dekhili S. et Tagbata D. (2018), Mieux Comprendre les difficultés de développement du doggy bag en France : une analyse par l’approche des représentations sociales, Décisions Marketing, 92, 53-75.

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