Tu n’utilises plus ton smartphone ? Vends-le, recycle-le, ou donne-le !

Récemment et à de nombreuses reprises, Apple a été accusé d’obsolescence programmée suite à des mises à jour qui ralentissent leur smartphone et incitent ainsi au rachat d’un appareil. Ce comportement du GAFAM a été fortement pointé du doigt dans les médias tout comme la stratégie de nombreuses marques qui ne s’engagent pas dans un processus d’économie circulaire. Mais qu’en est-il du comportement et de la responsabilité des consommateurs ? Friands de nouveautés, nombreux sont ceux qui changent de smartphone dès l’apparition de nouvelles fonctionnalités. Que font-ils alors de l’ancien ?

C’est ce qu’ont investigué Dominique Kréziak, Isabelle Prim-Allaz et Elizabeth Robinot dans un article récent de Recherche et Applications en Marketing. A travers une étude quantitative menée auprès de 1302 répondants représentatifs de la population française, les auteures creusent le concept de valeur résiduelle perçue des objets ou autrement dit de la valeur que l’on attribue aux objets que l’on possède mais dont on n’a plus l’usage.

Jacques Dutronc a un avis très tranché sur la question : quand c’est usé, je le jette !

La valeur résiduelle perçue: la clé pour comprendre pourquoi un objet est gardé.

La valeur résiduelle comporte 3 dimensions : la première – utilitaire – est le résultat de la perception de l’individu sur la capacité de l’objet à pouvoir encore servir ; la seconde – financière – repose sur l’estimation par l’individu du prix potentiel de l’objet lors de sa revente ; enfin la troisième – affective – traduit le fait que l’objet est considéré comme un souvenir (qu’il soit collectif ou individuel). Tout en prenant en compte des variables individuelles comme le genre, l’âge ou encore la tendance à tout garder, les auteures s’intéressent à l’influence de ces différentes dimensions de la valeur résiduelle sur la décision de garder ou non l’objet que l’on vient de remplacer.

Leurs résultats révèlent que les objets ayant une valeur résiduelle affective forte auront tendance à être plus gardés tandis que ceux ayant une valeur résiduelle financière élevée seront les moins gardés. Enfin, le fait que l’objet puisse encore servir n’a lui aucune influence significative sur la prise de décision de le garder.

Qu’advient-il des téléphones portables que l’on ne garde pas?

Selon l’Ademe (2017), 88% des téléphones portables remplacés fonctionnaient encore… mais alors que sont ils devenus ? Le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire (2018) apporte une partie de la réponse avec un chiffre : 3 millions de téléphones inutilisés seraient stockés dans les tiroirs des utilisateurs français ! Mais qu’en est il pour ceux qui ne sont pas gardés? Si l’on ne jette pas son téléphone portable dont on se sert plus, qu’en fait on? 

Pour les auteures, la valeur résiduelle perçue explique en partie le choix de donner ou pas une seconde vie au produit : lorsque qu’elle est utilitaire et forte, le consommateur préfère donner son téléphone à son entourage plutôt que de le jeter alors que pour une valeur résiduelle financière élevée la préférence ira vers une reprise contre une réduction. Enfin, de manière contre intuitive, si un objet avec une valeur résiduelle affective élevée n’est pas gardé, il aura probablement plus de chance d’être jeté que d’avoir une « seconde vie ». 

La recirculation des objets, pilier de l’économie circulaire et enjeu sociétal incontournable

Si la conceptualisation et la formulation de la mesure de la valeur résiduelle perçue constituent des apports théoriques indéniables, cette recherche permet également de mettre en lumière la relation du consommateur avec son smartphone et la nécessaire éducation à la valorisation des déchets qui en découlent. Dans une optique de développement de l’économie circulaire, l’amélioration de la recirculation des objets passe aussi par une évolution des attitudes et des comportements du consommateur. Les auteures apportent une grille de lecture pertinente quant à la compréhension de la décision des individus de garder ou non leurs objets électroniques.

Et vous ? Que faites vous vos objets technologiques qui ne vous servent plus?

Kréziak D., Prim-Allaz I. et Robinot E. (2019), Destinée des produits technologiques remplacés : L’influence de la valeur résiduelle perçue, Recherche et Applications en Marketing, Online First October 24th.

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